Je suis épuisée, et je sais pourquoi.

L’autre jour, je parlais à ma coach de cet état de fatigue extrêmement pénible qui me tient depuis quelques semaines déjà.
Elle me demande, naturellement, quels sont les éléments qui me privent d’énergie.
Je commets l’erreur de lui répondre : le manque de sommeil. Au fond de moi, je sais que c’est faux. D’ailleurs, assise au fin fond de la dure banquette qui constitue son cabinet, je n’ai pas l’air crédible. Mais elle insiste. Je me dépatouille comme je peux avec mes explications bidons : « je n’ai pas encore de rideaux à mes fenêtres, et comme ma chambre est face à un lampadaire, la lumière filtre toujours par-delà les volets » et je poursuis « Et puis, je crois que ma chambre a un soucis d’aération ». « Installez une VPM ». « Oui, oui, pensai-je, elle a raison. » Et je continue : « Je me couche trop tard, aussi, donc je ne parviens plus à trouver le sommeil… ».

Mais au fond de mon coeur, je reconnaît que ce ne sont là que de pures balivernes.
Balivernes !

Le soucis, c’est que j’ignore le réel motif de cette terrible fatigue. Je l’ignore, et j’ai beau chercher, rien n’apparaît à la conscience.
Deux semaines plus tard, je commence à sentir des envies de pleurer de plus en plus fréquentes. Chaque jour, les sanglots montent. Mais que se passe t-il donc ?
J’émets des hypothèses. Après vérification, rien ne colle : il ne s’agit pas de mon foie, ni de mon sommeil, ni de mon activité physique. Qu’est-ce que cela pourrait bien être ? Et les envies de pleurer qui refont surface, encore et encore. Et je me sens démunie, je ne comprends pas. Jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui, j’ai compris, et je suis là pour réparer.
Aujourd’hui, j’ai compris que je me meurs parce que je ne crée pas.
Je bidouille.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille est cette intuition que seule l’expérience apporte, et cette carte oracle tirée ce midi. Cette carte conseillait d’être très vigilant sur le fait de ne pas tomber dans nos vieux travers et de mettre de la distance avec notre passé pour faire de la place à l’avenir, au renouveau. Et là, j’ai su. J’ai su, parce que ma faculté de créer est restée en cage une bonne dizaine d’année avant que je ne la libère. Parce qu’avant, je ne créais pas en raison de mes mille excuses, dont « Je n’ai pas le temps, je dois d’abord achever ce travail (scolaire, professionnel) » et ces « devoirs-là » faisaient loi dans mon monde. Alors j’ai regardé mon emploi du temps. J’ai pris quelques minutes pour faire chauffer de l’eau et me préparer une infusion thym – menthe, et je me suis observée en train d’égrainer mentalement le nombre d’heures qu’il me faudrait encore travailler pour venir à bout de ma liste de choses à faire. Je me suis surprise à désespérer de ce travail qui n’en finit pas, de ces cases qui ne se cochent pas, de ces informations que je ne mémorise pas. Plus. Parce que toute mon énergie est allouée à la lutte : lutter pour – façon de parler – « être une fille bien sage qui fait ses devoirs » ou « une femme responsable qui boucle tous ses projets ». Lutter pour ne pas créer, parce que ce n’est pas « raisonnable » et qu’il « y a d’autres choses plus importantes, et des urgences à traiter. »

Photographie : Melissa Chabot

Mais vous savez quoi ?
Mon art ne veux pas d’une fille bien sage.
Mon art ne veux pas d’une femme responsable et respectable.
Mon art n’est pas une urgence. C’est une importance.
Mon art veut que je fasse le boulot. Et le boulot, c’est ça : les mots que je suis en train de frapper une lettre à la fois, le bureau que je viens de quitter parce qu’il m’écoeure, l’agenda qui me rebute chaque matin.

Alors peut-être ne suis-je pas une fille bien sage. Peut-être ne suis-je pas une femme responsable et respectable. Mais ce n’est pas grave, je crée. Je fais mon boulot, et c’est pour cela que je suis ici. À frapper ces mots et forger ces phrases. Je fais mon boulot.

Je suis épuisée, et je sais pourquoi : je me prive de ce qui me nourrit, et même, me soulève. La création n’est pas quelque chose qui « fait à moitié », la création ne connaît pas, jamais, la modération. La création fait toujours trop, c’est sa nature. Bien sûr, ma formation me nourrit. Mon activité professionnelle me nourrit. Mes billets de blog me nourrissent. Mais il faut plus pour vivre, et pour moi, « plus » s’appelle créer.

Photographie : Vicko Mozara

Et je sais que ce soir, en rentrant de ma séance de yoga, je n’aurai pas complété la moitié de mes « choses à faire ».
Mais je sais que ce soir, je me coucherai sereine, prête à avancer ce projet qui mijote depuis trop longtemps déjà et dont le feu menace de s’éteindre si je ne prends garde. Je me coucherai sereine, calme pour la première fois en plusieurs semaines. Et je sais aussi que demain, en raison du « boulot » que je retrouve avec joie, de ce projet dont je sème les graines et entretient les infimes braises, mes « choses à faire » ne seront plus si lourdes à porter. Mes épaules seront moins voûtées, mon pas plus sautillant et mon coeur, chantant.

Le coeur chantant.

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