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Samedi soir, j’avais rendez-vous au Thaï Spa. À 18:00 précisément.

Samedi soir, j’avais rendez-vous au Thaï Spa.
À 18:00 précisément.
J’étais de retour d’une grande fête de famille, j’avais passé… pas mois de quatre heures à table – entrée n°1, entrée n°2, plat, fromage, dessert, café et petits gâteaux – et il faisait un froid de canard. Le théromètre indiquait 6°C. Un peu comme aujourd’hui, d’ailleurs.

Oh ! J’ai ma Terreur – mon cher chat – qui réclame des câlins alors que j’écris, et me regarde avec de gros yeux à la Chat Potté. Mon cher Etain, tu vas attendre quelques minutes que je finisse ce billet ! Il s’est assis à mes pieds, enfin… sur mes pieds et commence sa toilette. De mon côté, je rédige ce petit texte de mon lit, emmitouflée dans plusieurs couches de pulls et mes chaussons – chaussettes de Noël aux pieds (l’hiver vient, rappelons-le !).

Art : Christian Schloe

Donc, samedi soir, j’avais réservé une place pour un massage relaxant aux huiles chaudes et galets. Je connaissais déjà l’endroit, de petite taille et cosy. Très thaïlandais aussi, avec le portrait du roi en guise de décoration et des femmes qui apprennent le français sur un tableau d’écolier accroché au mur. Je suis très bien accueillie, comme toujours, et c’est un vrai bonheur d’entrer dans une pièce chaude quad on vient de marcher par ce froid polaire ! Une femme aux ongles très bien faits a réservé un massage à la même heure que moi et ne tarde pas à me rejoindre sur le petit banc. Nous enlevons nos chaussures, nos chaussettes et passons nos petons dans les claquettes violettes. Un homme et une femme sortent de la salle de massage (il n’y a que 2 places en tout et pour tout) et en cela, nous savons que c’est à notre tour. Deux jeunes masseuses nous guident, nous donnent le classique « Enfilez la culotte ici et mettez-vous sur le ventre » avant de se retirer afin de nous laisser nous « changer », si l’on peut ainsi parler.

La masseuse revient, et je suis déjà prête à m’endormir. Malheureusement, les massages sont pour moi plutôt une occasion de penser, penser, penser et encore penser qu’autre chose… Tout passe en revue, ma journée, mes rencontres, mes projets, ma to-do list. Le seul moment où je commence à « faire le vide » vient à la 59 ème minute ! La prochaine fois, il faut que je songe à réserver une demi-heure supplémentaire.

Cette masseuse est nouvelle. Sa méthode est nouvelle. Moi qui m’attendais à un « massage aux huiles chaudes et galets », j’ai eu droit à un « massage relaxant ET thaï aux huiles chaudes et galets ». Autrement dit, à un peu de détente et des muscles étirés très très très en profondeur… Notamment les cuisses… Re-dou-table ! Et lorsque la masseuse a soufflé que c’était la fin, et m’a aidée à me relever pour conclure la séance, j’ai eu le malheur de croire que c’était vraiment fini. Mais pas du tout ! La masseuse m’a enfoncé le nerf de l’épaule droite puis celui de l’épaule gauche pendant une interminable minute (de chaque côté) – j’ai vraiment failli lâcher une larme – elle a attiré mes bras vers l’arrière comme jamais, a enfoncé ses genoux dans le haut du dos, puis le milieu, puis le bas pour étirer la zone entière (et je confirme, elle s’est étirée), m’a posée une serviette sur les épaules pour ensuite frapper mon dos de la tranche de la main et « faire circuler » le tout… Je peux vous dire que lorsque l’on sort de ce massage « relaxant », ça circule. Et ça circule bien.

Du coup, j’ai eu tout le loisir de réfléchir à moult choses pendant cette heure thaï. Et j’ai pensé que la vie, mine de rien, relève plus d’une série de sprints que d’un marathon. Comme ce massage entre relaxation et – ouille ! – étirement. Comme si, en réalité, les choses allaient, puis s’effondraient, puis revenaient à leur point d’équilibre pour se déstabiliser à nouveau. Comme si le rythme que nous adoptons ne pouvait, ne devait pas être régulier. Aussi, entre deux points d’accupuncture, j’ai fait le parallèle avec mon art – l’écriture – et ma pratique professionnelle, le coaching. Avec l’écriture, je travaille sur de très courtes périodes (généralement, pas plus d’un mois) et me repose le reste du temps. Mes textes prennent vie à la belle saison, aux alentours de juin / juillet, ou, au plus tôt, à la venue du printemps. En coaching, je vais me sentir très inspirée pendant quelques mois, puis l’élan retombe, et je persévère pour passer le cap. D’ailleurs, je me demandais si cela vos intéresserait, un petit billet sur ‘comment retrouver l’inspiration dans sa pratique professionnelle’… Toujours est-il que ce massage m’a donné des idées sur ma propre gestion du rythme et sur l’attitude que je peux adopter, plus consciemment s’entend, à ce niveau là : accepter les moments de contraction comme ceux de dilatation, parce qu’ils font tout autant partie du jeu. Et renoncer à « demeurer à l’équilibre ».

Un sprint, disais-je ?
aka Julie en mode « spa ».

L’équilibre comme concept absolu n’a aucun sens, je crois. Mais ce qui en a, c’est l’équilibre dans différents domaines de notre vie, et jamais au même moment. Il est rare, voire impensable, de créer simultanément l’équilibre dans notre vie de femme active, de mère, de partenaire amoureux, dans notre environnement, dans nos relations, dans notre façon de nous nourrir. Et ce n’est pas cela, d’ailleurs, que je vise. Avec mes clientes, nous évaluons les priorités, et je pense que c’est ce qui importe. Savoir ce qui a besoin d’attention et ce qui peut être placé à l’arrière plan, connaître ses solidités et ses faiblesses… Toute la magie d’être, en somme, en vie.

Pendant ce massage relaxant quand même, il m’est apparu que je ne sais pas toujours à quoi je ressemble, métaphoriquement parlant. Un peu comme si, à certains moments bien précis, je perdais le contact avec mon corps ou, plus justement sans doute, j’y prêtais moins attention. C’est au moment où la masseuse « faisait les contours du haut du corps » que j’ai réalisé ce point. Déterminer où sont les limites de mon corps, sa forme, ses formes, reconnaître sa structure particulière, ses points de tension qui manquent de souplesse et les zones de détente est essentiel à ma compréhension. J’ai besoin de savoir d’une façon plus globale, plus vaste pour saisir et travailler de concert avec mon corps. Et pour cela, je dois savoir où j’en suis. Peut-être que ça vous donnera des pistes de réflexion pour renouer avec votre physique, en le pensant à la fois en profondeur – ouille ! – et en contour (mais pas en apparence).

La séance s’est vraiment achevée quand j’ai pu me rhabiller et revenir dans la petite pièce principale. On m’a gentiment servi une tasse d’infusion typiquement thaï, à base d’un fruit qui ne pousse pas en France, que l’on fait sécher et dont je ne connais que l’intonation – « matom » ou quelque chose comme ça. C’était délicieux, et pour une fois, je ne pensais pas. Eh oui, je passe généralement le massage entier à penser et je cesse de ruminer une fois la séance finie… J’ai remis mon bonnet blanc, mon pull de ski assorti et je suis repartie dans le grand froid, sereine, ragaillardie, avec la sensation d’avoir mine de rien lâché quelque chose, mais quoi ?

Si je le découvre, je vous ferais signe avec un petit billet. Mais pour le moment, ma Terreur grise réclame mon attention; voilà une période de dilatation, et visiblement, de création.

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Comment j’ai vaincu l’insomnie

Les insomnies m’ont collé à la peau pendant près de 10 ans. Elles me privaient de détente, de concentration, de mémoire. Malgré cela, en bon petit soldat, je tenais le rythme : j’écrivais, je me formais, je travaillais, je publiais deux livres. Mais elles étaient toujours là, en arrière plan.

Aujourd’hui, j’ai la chance de ne plus en souffrir. Bien entendu, il m’arrive d’avoir d’immenses difficultés à dormir si je travaille sur un gros projet ou si des idées me harcèlent pour figurer sur le papier, mais ces choses n’ont pas la même saveur amère que ces nuits d’insomnies. Et je suis bien heureuses qu’elles fassent partie du passé… Cela, je l’ai réussi grâce à 4 facteurs que j’aimerais partager et détailler ici : l’acceptation, les huiles essentielles, une meilleure gestion de mon énergie et une nutrition adaptée.

L’acceptation


La raison principale pour laquelle je ne pouvais dormir était presque trop simple pour être vraie : je luttais – inconsciemment – contre le sommeil. Autrement dit, je considérais le sommeil comme une perte de temps ou, tout aussi négativement, comme une façon de « recharger mes batteries » pour mieux les vider le lendemain. Cela, je l’ai saisi grâce aux travaux d’un médecin du sommeil. Il évoquait, au niveau de la societé tout entière, une addiction à l’énergie et sous toutes ses formes : énergies sur le plan de l’environnement, énergie dans nos façons de grignoter constamment, énergie dans la stimulation des écrans… j’étais sûrement en surchauffe, comme la majorité d’entre nous, avant d’entamer un travail en sens inverse. J’ai commencé à lâcher prise sur de « petites choses » pour apprivoiser et cesser de craindre de lâcher prise sur des points plus importants. Le lâcher prise est tellement terrifiant, je le vois tous les jours avec mes clientes ! Parce que lâcher prise, c’est aussi accepter de ne pas savoir, de ne pas tout savoir de :

  1. la façon dont nous allons obtenir nos résultats
  2. la réalisation même de ces résultats, qui peuvent advenir, ou non

Car il arrive très fréquemment que nos rêves ne se réalisent pas, jusqu’au jour où nous avons lâché suffisamment de leste pour entendre que ce rêve-là ne devait pas se réaliser. Et lorsqu’il s’agit de sommeil, j’ai dû apprendre à faire confiance. Faire confiance à mon corps pour lui offrir de trouver son  rythme propre; faire confiance à mon esprit pour qu’il entame cette prise de recul avec bienveillance. Curieusement, c’est à partir du moment où j’ai saisi que j’étais moi même l’obstacle du chemin que j’ai retrouvé le sommeil.

Les huiles essentielles


J’utilise ces petites huiles avec très grande parcimonie dans ma pratique professionnelle. Je préfère bien connaître les bienfaits et contre-indications de deux huiles plutôt que d’exposer quiconque à un risque en en maniant un plus grand nombre. J’ai eu la chance de découvrir le monde des huiles lors d’un atelier parisien organisé par l’association de yoga Yogamania. Là, nous avions expérimenté la puissance de la menthe poivrée (l’une de mes préférées), détaillé les différents usages et diverses formes d’application de ces gouttes magiques, touché au processus de distillation. Depuis, j’ai recours à certaines synergies, certaines associations d’huiles pour favoriser la venue et qualité du sommeil ainsi que la suppression des ronflements de monsieur. J’en mets deux gouttes sur l’oreiller, une à droite, une à gauche, et le tour est joué.

Photographie : Julie Saint-Clair

Une meilleure gestion de l’énergie


De nature vata (ayurvéda), j’éprouve un fort besoin de bouger. Si vous me laissez seule dans un lieu propice (et ce même avec un projet professionnel sur les bras), vous me verrez nécessairement au réveil sur mon tapis de yoga en chien tête en bas ou en train de ma balader dans la rue, vous me croiserez pour ma marche du midi, vous assisterez à mon entraînement sportif en fin d’après-midi. De fait, ce mouvement me permet d’atteindre un niveau similaire de fatigue entre l’esprit et le corps, de façon à ce que j’éprouve le besoin de dormir sur les deux plans (mental et physique) et qu’aucun des deux n’empêche la venue du sommeil. Si cette idée vous inspire, je vous conseille de chercher le rythme qui vous convient. Certaines de mes clientes, pour créer cela, ont besoin de faire leur séance cardio la matin à jeun, d’autres ne peuvent plus se passer de leurs courtes balades (20 min) su soir avant d’aller dormir… Et il n’y a aucun raccourci, il faut expérimenter pour savoir ce qui fait du bien.

Une nutrition adaptée


Il s’agit d’un segment très personnel que j’ai développé avec le temps. Si vous avez lu mon entrée en manière dans le monde de la nutrition, vous n’ignorez pas que ma flore intestinale tend à me causer quelques soucis, et que le sucre n’est pas mon ami. Comme tout un chacun, j’ai connaissance de ces principes, de ce que je dois éviter pour être au mieux de ma forme. Et comme tout un chacun, il m’arrive de ne pas les écouter. De faire un trop grand nombre d’écarts qui, simultanément, me privent de toute énergie et me laissent sans repos. Ce sont des facteurs très personnels que j’évoque, comme le fait de boire du thé vert ou de grignoter trop de graines qui perturbent ma digestion. Aussi, il est essentiel d’améliorer l’écoute de notre corps à la suite des repas afin de détecter ces fauteurs de troubles potentiels. Je préfère d’ailleurs cette approche douce à celle d’élimination radicale et définitive des allergènes, du moins si la situation n’est pas critique. En effet, ayant mis au jours ces aliments anti-sommeil, je remarque que je dors plus profondément, avec des réveils moins fréquents et un sommeil plus réparateur.

J’espère donc que ce billet vous a apporté quelques idées pour dépasser l’insomnie, et n’hésitez pas à le partager si vous connaissez des personnes qui en subissent les conséquences !

Photographie de couverture : Nine Köpfer, via Unsplash

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Je suis une enfant des 90’s + smoothie vert

Je me souviens de mon tout premier livre de recettes « green ». Je l’avais reçu à mon anniversaire, à l’époque où les fruits et légumes n’étaient en vogue ni dans ma vie, ni dans le monde.

C’était un petit livre Larousse à la reliure de tissu, discret et original, c’était un livre de smoothie. Je me rappelle encore ces recettes qui semblaient « folles », comme sorties de nulle part – des fruits et des légumes mixés avec des épices, du beurre de cacahuète… Je suis une enfant des 90’s après tout ! J’ai connu l’avant, un temps où l’on cuisinait pour d’autres raisons, où la nutrition pointait tout juste son nez, où les smoothies avaient un goût différent.


Les smoothies ont encore ce goût différent. Ils ont une place particulière dans mon coeur car tout a commencé par là, avec un blender, un livre de recettes un peu étranges et une fille qui n’aimait pas suivre les instructions à la lettre ! J’étais incapable de me retenir, il fallait toujours que j’ajoute une cuillerée de miel ou un coulis de fruits rouges et retire tel ou tel élément… Décidément, les smoothies ont une saveur sans égale par ici !
Alors ce matin, je souhaitais partager mon smoothie vert, celui que je prépare en fin d’après-midi lorsque j’en ai la possibilité et qui me permet de durer jusqu’au soir. Le voici donc, ce smoothie vert des temps modernes !

Photographie : Johannes Hofmann, via Unsplash

Pour le smoothie vert, il faut :

  • 1 banane bien mûre en rondelle, congelée
  • 1 poignée de jeunes pousses d’épinards
  • 100 ml de lait de riz
  • 100 ml d’eau de coco
  • 1 cuil. à café de miel (optionnel)

Sortir la banane 20 min avant mixage. Commencer par mixer le lait de riz et l’eau de coco avec les jeunes pousses d’épinard afin de ne pas avoir de résidus. Ajouter ensuite le reste des ingrédients et servir bien frais !


Sur ce, je vous invite à essayer ce joyeux mélange et à me dire ce que vous en avez pensé… J’ai hâte d’avoir vos retours !

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Le manuscrit est mort ce soir : une expérience personnelle du lâcher prise

Ce que le coaching enseigne, ce que l’écriture apprend, c’est que les résultats que nous désirons ne sont pas nécessairement ceux que nous aurons, ni ceux dont nous avons besoin.

Ce principe, je l’ai d’abord rencontré dans le livre Yoga Girl, de Rachel Brathen, mais il m’a fallu plusieurs années avant d’en vivre le sens. Voici un exemple tiré de ma vie d’auteure. (Ames sensibles, s’abstenir)


Il y a un an, je souhaitais absolument envoyer un certain manuscrit, que je pensais être mon « meilleur projet ». J’étais enthousiaste comme jamais, heureuse d’avoir posé le point final de ces 300 pages. Cependant, je souhaitais attendre quelques mois avant de l’envoyer pour la simple raison que l’âme d’un ouvrage a besoin de temps pour émerger. Or je voulais savoir exactement de quoi il retournait avant de m’engager. Alors j’ai attendu. C’était difficile, mais j’ai tenu bon.


Et lorsque j’ai senti l’impulsion de « reprendre le manuscrit », de le corriger, de le préciser avant de le proposer, je suis tombée de très haut. On pourrait aussi dire que je me suis pleinement écrasée au bas de l’arbre en sautant du nid. 🐣C’était un lundi. Je m’étais levée aux aurores pour m’atteler à ce travail de grande ampleur. Il était 6:00 du matin lorsque je relisais l’introduction et les premières pages. Il était 11:00 lorsque je comprenais que ce manuscrit ne serait jamais imprimé. Croyez-moi, j’ai pleuré comme jamais sur ces pages qui venaient à « mourir » et j’étais véritablement en train de vivre un deuil. Le mot, s’il semble fort, ne l’est aucunement. Je sais ce que signifie voir ses proches partir, je sais ce que signifie mourir, et je savais que ce manuscrit-là venait de quitter ce monde.
J’avais porté ce manuscrit des mois durant, je l’avais mis au monde, et voilà qu’il n’avait plus d’âme !


Ce jour-là, mes proches se demandaient pourquoi j’avais de telles cernes noires, si creusées, si profondes et pourquoi j’allais me coucher dès 20:00. Pourquoi j’avais « fait la sieste » une bonne partie de l’après-midi, pourquoi j’avais cet air si particulier.  Alors je mettais mon pyjama et me blottissais sous les couvertures. Je passais une nuit… lourde, comme lorsque les choses demandent à être digérées. Et le lendemain, je m’éveillai. C’était étrange : je me sentais bien. Où étaient passés le choc, la tristesse, le deuil ? Où étaient-ils tous passés ? Il s’étaient évanouis. Et j’avais, dans mon coeur, bien plus de place et de légèreté que la veille et les jours, et les mois précédents.


Ce matin-là, j’ai compris que ce manuscrit avait été pour moi une porte, une façon de clore un cycle et d’en ouvrir un autre.
Ce mardi-là, j’ai su, j’ai su que sa place n’était pas sur les étagères.
Elle ne l’avait jamais été. 

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Le rééquilibrage alimentaire n’arrive pas qu’aux autres

Et pourtant, j’y croyais dur comme fer.

C’est une histoire que j’avais envie de raconter depuis quelques temps déjà sans jamais oser… mais elle est importante je crois, surtout quand on est l’auteure d’un livre de recettes. 

Il y a un an et demi, j’entendais parler d’une nutrithérapeute. Je souffrais de l’endométriose depuis plusieurs années, j’avais des ballonnements considérables – je finissais enceinte à la fin de chaque repas –  et des maux de tête à temps plein. Pas la joie donc. Et puis, on a mentionné cette nutrithérapeute. Au point où j’en étais, tout était bon à prendre, donc j’ai sauté le pas. Je suis allée consulter et les résultats étaient clair : j’avais un sacré déséquilibre de la flore intestinale, au point de souffrir de dénutrition.

Le verdict. Dénutrition ! 

Conséquence : j’avais faim toutes les deux heures, je mangeais comme 3 personnes à tous les repas et je finissais par croire, inévitablement, que j’étais boulimique. Parce qu’il m’arrivait fréquemment de manger (par exemple) en un seul goûter : une grosse mangue, 1/2 paquet d’amandes, des poignées de dattes, du chocolat et un smoothie. Véridique. Parce que j’avais faim, vraiment faim et je n’arrivais pas à dépasser la barre des 45 kg. Je ne prenais pas de muscle, je faisais des malaises si je ne petit-déjeunais, déjeunais, goutais et dînais pas à heure fixe, ce qui posait de sacrés problèmes avec mes amis et lors de repas familial – en particulier l’été, où l’on prend l’apéro très tardivement et où les horaires sont différents chaque jour… C’était très difficile, tant sur le plan physique que mental. Je n’avais aucune endurance et tellement mal à la tête… Et cela faisait 4 ans que je pensais (secrètement) souffrir d’un trouble du comportement alimentaire ! 

Je dois dire que ce rendez-vous m’a secouée. D’abord parce que je découvrais que mes tendances à dévaliser le frigo et les placards ne résultait pas d’un TCA. Ensuite parce que le régime que l’on me prescrivit était très strict. Je me rappelle encore le choc lorsque j’ai entendu la nutritionniste me dire de petit-déjeuner du pain sans gluten, du beurre, du fromage et du jambon… Bref, tout ce que je détestais le plus au monde réuni en un seul repas. 

À dire vrai, je suis sortie de la consultation plus dépitée qu’enthousiaste.

Tous mes espoirs s’étaient envolés et j’avais devant moi la liste de tout ce à quoi je n’avais pas droit. Prenez le sucre : j’avais pris l’habitude, sur les conseils d’un naturopathe (consulté à l’âge de 15 ans suite à un ulcère qui m’empêchait d’avaler quoi que ce soit et grâce auquel je mettais au jour une intolérance au lactose), de petit-déjeuner seulement des fruits. Et la nutritionniste venait de déclarer : « en guise de sucre rapide, tu n’en consommeras qu’à l’heure du goûter, en veillant à ne pas dépasser les 2 portions de fruits par jour. » En bonus heureusement, on m’accordait 2 carrés de chocolat noir (et je peux vous dire qu’avec ça, on ne survit pas longtemps !). 

Donc, je devais cesser de consommer : les produits contenant du gluten, les fruits à volonté, les crudités, les noix de cajou, mon beurre de cacahuète (j’y tenais, à celui là !), les pistaches (et l’apéritif !), le vinaigre (adieu mes salades adorées), le café, le thé noir, le kombutcha, la sauce soja… 

À ce stade, je commençais sérieusement à pleurer sur mon sort… Je devais tout revoir et je n’avais pas le choix. 

Et ce serait mentir que de clamer : « c’est passé comme une lettre à la poste ». Ça a été très difficile. J’ai mangé de la ratatouille pendant six mois parce que je ne savais pas quoi préparer d’autre. Je luttais contre ce petit-déjeuner terrible et préférais un bol de porridge insipide au lait végétal. Je faisais des orgies de chocolat au goûter parce que j’avais le sentiment de me priver. J’oubliais de prendre mes douze compléments alimentaires matin, goûter et soir. Pourtant, je commençais à me sentir mieux : j’avais moins de gaz, je prenais un ou deux kilos, mais ça n’était pas stable. 

Et vous savez quoi ? 

Ça ne l’est toujours pas. 
Pas parfait.

Je gagne en masse musculaire et je-ne-sais-comment, elle disparaît en l’espace d’une semaine, sans avoir touché à quoi que ce soit dans mes menus. Je ballonne le lundi et pas le mardi. Si par malheur je fais l’erreur de manger une part de banana bread de trop, je me retrouve avec une gueule de bois le lendemain (fermentation excessive). Mais je n’ai plus de fringales de sucre – même à ce moment du mois – , mes idées sont plus claires et je ne manque presque jamais d’avaler mes compléments alimentaires.

Mais le travail n’est pas fini, y compris après un an et demi d’adaptation et d’équilibres nutritionnels respectés. 

Alors j’ai le sentiment que tout chemin va de la sorte, avec ses hauts et ses bas, ses progrès et ces retours en arrière, mais qu’à la fin, la constance, la joie et la créativité seules permettent de passer le cap. 

Et ce cap, j’ai bien envie de le franchir, et de le raconter, ici, en mots, en notes, en image et pourquoi pas, à travers d’autres mediums. 

x x x  Julie

Photographie : Christian Mackie, via Unsplash